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Prostituée.es : les oublié.es de la solidarité nationale

Le système prostitutionnel constitue une zone de fragilité impactant généralement les femmes et les individus transgenres, majoritairement étrangères/ers (notamment en situation d'irrégularité administrative).

Si, habituellement, la prostitution est une forme de violence, la crise sanitaire a décuplé les conséquences dramatiques de cette activité parallèle. L'achat d'actes sexuels matérialise un rapport de force entre les sexes, avec une domination masculine tant du point de vue physique, économique que social, engendrant des victimes plus invisibilisées qu'à l'accoutumée en cette période. La fermeture des hôtels, l'activité réduite des services publics et associations spécialisées (sociales, sanitaires, juridiques…) ainsi que la désertion des clients ont plongé les prostituées dans un isolement total et une précarité extrême.

De plus, si on se place dans une perspective sanitaire, l'activité prostitutionnelle se conjugue difficilement avec le respect des gestes barrières. Habituellement surexposées aux maladies sexuellement transmissibles, les prostituées ont dû faire face au risque supplémentaire d'être contaminées par le coronavirus.

L'épidémie a accentué encore davantage les difficultés rencontrées par les personnes prostituées, des individus souvent touchés par un passif traumatique (abus sexuels, faits de violences conjugales, etc..) constituant un facteur de vulnérabilité facilitant l'entrée dans cette pratique. Impactés de plein fouet par la pauvreté et potentiellement soumis à des répercussions physiques et psychologiques. Selon des études menées par John Potterat, en 2003, et Stuart Brody, en 2005, l'âge moyen de décès en situation de prostitution est de 34 ans, en raison non seulement des meurtres commis par leurs clients et leurs proxénètes, mais aussi des suicides, du sida, de la prise de drogues et d'alcool.

Les circonstances exceptionnelles traversées impliquent pour bon nombre d'entre elles de se retrouver dans une situation de survie, surtout en période de confinement, où la clandestinité rimait avec poursuite de l'activité mais également mise en danger, risques avérés de violences et d'exploitation par un proxénète ou un réseau.

D'un point de vue financier, le covid-19 a mis à mal la majorité des personnes prostituées. Malgré l'adage populaire la définissant comme « le plus vieux métier du monde », la prostitution n'est pas considérée – en France – comme une profession. Par conséquent, il ne leur est pas possible d'accéder aux indemnités de chômage partiel mises en place par le gouvernement. Seule une minorité des concernées se déclarent sous le statut d'auto-entrepreneuse/eur et peuvent ainsi prétendre, de manière incertaine, aux subsides proposés par l'Etat à destination des indépendant.e.s en compensation de leur baisse d'activité. Les impératifs nécessaires à la réalisation de ces démarches, disposer d'une situation administrative régulière ainsi que de la connaissance de ses droits, excluent une grande partie des individus concernées par la prostitution. Les femmes étrangères les plus vulnérables se sont donc retrouvées sans la moindre aide pour survivre pendant cette période, les associations spécialisées ayant également dû cesser leurs maraudes.

Parallèlement à cette prostitution de rue, le confinement, a mis en lumière une autre réalité d'autant plus effrayante : la prostitution des mineur.e.s sur Internet. Seules face à leurs écrans, de nombreuses jeunes filles se sont faites approchées et même recrutées pendant la crise sanitaire, par des prédateurs sexuels et néo-proxénète, ayant le temps et le champ libre pour assouvir leurs désirs de pouvoir et de domination.

Le CIDFF 92 nord, spécialiste des violences faites aux femmes, est mobilisé depuis de nombreuses années pour faire face à l'explosion de la prostitution chez les mineur.e.s, se conjuguant souvent avec proxénétisme, en réalisant des actions de prévention dans les établissements scolaires ayant pour but de déconstruire ce mythe de « l'argent facile ». La pandémie nous a toutefois contraint à suspendre nos actions de sensibilisation.

Théoriquement, la distanciation sociale impérative canonisée en période de pandémie éloigne la perspective d'une reprise immédiate de l'activité au risque de mettre en péril la vie de milliers d'individus.[1] En pratique, cette recommandation nécessaire s'avère compliquée à appliquer pour des personnes rémunérées à l'acte sexuel.

Malheureusement, le fonds d'urgence adressé aux personnes prostituées sollicité auprès du Gouvernement par les associations spécialisées n'a pas trouvé de réponse favorable jusqu'à présent. Comme le souligne Sarah-Marie Maffesoli, coordinatrice chez Médecins du Monde : "Combien de temps vont-elles pouvoir arrêter de travailler ? Être en bonne santé sans pouvoir manger, ni nourrir ses enfants, c'est compliqué".

Combattre le système prostitutionnel, ne signifie pas de laisser des personnes vulnérables mourir de faim, de solitude ou de maladies.


[1] 30 000 et 50 000 en France, source INHESJ & ONDRP

[1] 30 000 et 50 000 personnes prostituées en France, source INHESJ & ONDRP

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