Comment accompagner des femmes qui reconstruisent leur vie après des violences conjugales ?

Notre conseillère en insertion professionnelle partage son expérience de terrain et montre combien l’emploi peut devenir un puissant levier d’autonomie, de confiance et de liberté.

 

La force cachée de celles qui ont décidé de partir : quand la reconstruction commence !

Chaque semaine, j’accompagne des femmes qui ont fui des situations de violences conjugales.

Elles arrivent, souvent persuadées qu’elles ne valent plus rien.

Dans leur regard se mêlent l’incompréhension, la sidération, parfois la peur, et toujours une immense tristesse. Elles peinent à raconter leur histoire. Elles ont honte, persuadées qu’elles n’ont plus d’avenir seules, tant leur conjoint, et parfois même leur entourage, leur ont répété pendant des années qu’elles n’étaient plus capables de s’en sortir.

Au sortir de ces situations dramatiques, ces femmes ne savent plus vraiment qui elles sont, ni qui elles étaient avant l’emprise. Pourtant, derrière les blessures, je découvre des ressources, des compétences, des personnalités de grande qualité, et une force de reconstruction extraordinaire.

Le chemin de la reconstruction est long mais la page n’est pas blanche. Dans ce contexte de survie, elles vont devoir mobiliser des ressources dont elles n’ont pas toujours conscience et se réinventer, renaître de leurs cendres. Elles choisissent malgré tout d’avancer.

Le premier pas est le plus fort. Il s’agit de dire non, de refuser de vivre un enfer, de retrouver sa liberté. Alors elles se décident à rompre, à sortir du cercle infernal, et à consulter nos juristes et nos psychologues.

C’est à ce moment-là que je les rencontre ! Ma mission en tant que Conseillère Insertion Professionnelle (CIP) au sein du CIDFF des Hauts-de-Seine Nord est de les accompagner pour favoriser leur insertion sociale et professionnelle et les aider à construire leur avenir en toute autonomie.

Elles sont convaincues que leur indépendance, leur liberté, c’est l’autonomie financière. Et pourtant, elles sont persuadées de ne plus rien savoir faire. C’est là que commence le chemin vers l’autonomie retrouvée.

Il s’agit de tenir compte de leurs contraintes et de situations très diverses : parcours éloignés de l’emploi, interruptions de carrières, professions exercées à l’étranger, diplômes non reconnus en France, charge familiale puisqu’elles sont souvent seules avec leurs enfants… et très souvent de leur sentiment profond de ne plus être capable de reprendre une activité, parfois malgré des parcours professionnels brillants.

Je m’efforce de construire avec elles des projets professionnels en adéquation avec leurs compétences, leurs qualités, leurs talents, et adaptés à la réalité du marché du travail et de leurs aspirations.

Elles ont besoin de partager leurs difficultés administratives quotidiennes et de rappeler à quel point leurs enfants sont importants pour elles. Peu à peu elles se confient, racontent leur histoire, expriment leurs peines, presque honteusement. Beaucoup disent ne plus avoir la force de reprendre une activité tant elles se sentent submergées par les difficultés qu’elles rencontrent.

Le temps de la reconstruction et de la reprise de confiance va être long ! Mais au fil des entretiens je découvre des trésors cachés en elles. En évoquant, chaque moment de leur vie ou ce qu’elles ont réalisé professionnellement, elles prennent conscience de leur valeur.

J’en veux pour preuve leurs visages qui s’illuminent pendant un court instant au début, qui s’interrogent comme si elles doutaient encore de ce miroir que je leur renvoie. Puis leur parole se libère et elles se rappellent alors, deviennent beaucoup plus volubiles. Je constate avec satisfaction qu’elles avancent, mais le succès est encore fragile. 

Elles me demandent parfois d’espacer nos rendez-vous car elles ont des moments de fatigue extrême et j’adapte alors mon accompagnement à leurs besoins. Le temps est un élément à prendre en compte dans leur reconstruction. Nous avançons à leur rythme, pas à pas.

 Au-delà du besoin de travailler en urgence, elles évoquent des projets de rêve auxquels elles avaient renoncé, complètement réalistes cependant, prenant conscience de leurs capacités, de leur liberté retrouvée, et confiantes tout à coup en leur avenir.

Sur ce chemin, il y a de l’espoir !

Je suis encore au début de cette mission. Pourtant, à chaque rencontre, je découvre la force extraordinaire de ces femmes. Derrière la peur, les blessures et les doutes, il y a des ressources immenses qui ne demandent qu’à être révélées. C’est cette conviction qui nourrit mon engagement à leurs côtés et qui donne tout son sens aux valeurs de respect d’autrui et de liberté qui me portent.

Marie-Line

Conseillère en insertion professionnelle

au sein du CIDFF des Hauts-de-Seine Nord