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Violences conjugales : la parole aux auteurs

Dans le cadre des stages de responsabilisation, le CIDFF utilise différents outils pédagogiques, comme l'exercice de la lettre. Chaque auteurs doit rédiger 2 lettres: une à sa victime et une dans laquelle il imagine ce que la victime aurait pu lui dire suite aux violences. Le CIDFF a souhaité mettre en lumière le travail de responsabilisation entamé lors de notre dernier stage, grâce à la mobilisation des intervenantes (directrice, juriste et psychologue du CIDFF). Extraits de leur parole.

LETTRE 1 – L'auteur écrit à sa conjointe

« Si je devais commencer cette lettre, je te dirais « pardon ». Pardon de t'avoir effrayé, pardon de t'avoir blessé mais surtout pardon de ne pas t'avoir respectée en tant que femme. Le covid a été perçu pour nous comme une dure épreuve de la vie qu'on n'a pas su gérer. L'attente, l'agacement et le stress sont des sentiments pour ma part que j'ai ressenti, je n'ai pas su gérer mes émotions qui s'agrandissaient de jour en jour. Rien ne peut excuser mes paroles déplacées, mes actes et faits qui ont bien été réels. Aujourd'hui j'ai ce sentiment de regret et de culpabilité de t'avoir fait mal au cœur ! Toi qui a toujours été là pour moi et qui m'a tant donné dans ma vie. Aujourd'hui nous avons décidé d'aller de l'avant dans notre histoire et je te fais la promesse de me donner les moyens pour que ce genre d'actes et situations malsaines ne se reproduisent plus. »

LETTRE 2 – Lui, imaginant la réponse de sa conjointe

« Il est vrai que tous deux avons très mal réagis ce jour-là et que cette histoire est partie beaucoup trop loin. J'ai sans doute ma part de responsabilité mais rien ne t'en excuse. Il est vrai que j'ai été blessante dans mes paroles comme tu l'as été à mon égard. Malgré tout tu n'as pas su garder ton calme et tu as même eu des gestes brutaux envers moi. J'ai été effrayé de te voir ainsi, ce comportement ou bien cette réaction de toi que je n'aurais jamais pu imaginer. Tu avais sans doute tes raisons mais en arriver à ce stade là je trouve ça malheureux. Aujourd'hui je ne peux pas te dire que j'oublierais tout du jour au lendemain mais que j'essaierai malgré tout d'aller de l'avant. Je sais très bien l'homme que tu es au fond et suis consciente que cela ne te ressemble pas. J'espère que cela ne se reproduira plus, pour nous et notre enfant à qui on fait du mal lorsqu'on se dispute. »

LETTRE 1 – Lui, à sa conjointe.

« Il est évidemment impensable pour moi de ne pas commencer cette lettre en te réitérant mes excuses pour le geste inadmissible que j'ai eu à ton endroit. C'est le moins que je puisse faire aujourd'hui, bien que je sache que, malheureusement, cela n'effacera pas le traumatisme que je t'ai causé. Mais il serait trop facile de limiter mes excuses à ce geste proprement dit.

Je m'en veux également de ne pas avoir su trouver les mots, quelques heures plus tard, tant j'étais encore sidéré par mon passage à l'acte.

Je m'en veux bien plus encore d'avoir, par cette violence, trahi ce sur quoi notre relation avait toujours été basée et qui demeurait malgré notre séparation : le respect et la bienveillance qui faisaient que nous avions réussi à conserver depuis deux ans une relation constructive dans l'intérêt de notre fils.

Je ne puis me mettre à ta place et même si j'essaie de m'imaginer ce que mon geste a pu provoquer en toi d'effroi et de sentiment d'humiliation, je sais que je serais toujours très loin de la vérité.

Je pourrai bien sûr tenter d'avancer des explications : la tournure particulièrement conflictuelle qu'avaient pris nos rapports, mon amertume, mon épuisement, le stress du confinement, mes failles aussi sans doute… Rien n'excusera ce passage à l'acte et tout cela indique simplement le travail que j'ai à faire sur moi-même aujourd'hui.

Par ce geste inadmissible, j'ai le sentiment d'avoir discrédité l'amour que je t'avais donné ainsi que les grands principes que j'ai toujours défendus : le respect, l'égalité des droits… Et que je tente d'inculquer à notre fils à qui j'ai donné, ce jour-là, un bien mauvais exemple. Il faudra du temps pour reconstruire tout cela et aussi pour retrouver du crédit à mes propres yeux.

Mais je vais m'y employer car il est essentiel, aujourd'hui, que nos rapports s'apaisent, pour toi, pour Théo* et pour moi, afin qu'un même évènement ne se reproduise jamais et que jamais notre fils n'ait l'impression que ce qui s'est passé ce jour-là est tolérable. »

LETTRE 2 – Lui, imaginant la réponse de sa conjointe.

« Tu es à mille lieux de pouvoir t'imaginer les répercussions qu'a entraîné chez moi le geste inexcusable que tu m'as fait subir le 8 mai. Car au-delà de la douleur et des séquelles physiques, cette violence a des conséquences psychologiques immédiates : sidération, effroi, anxiété, sentiment d'humiliation.

Surtout, elle fait écho à la violence qu'une femme comme moi ressent dans sa vie de tous les jours. Tu n'as pas idée de ce que c'est d'être discriminée à tous les niveaux de la société, et notamment au travail, dans sa progression salariale, les agressions que nous subissons au quotidien dans la rue, dans les transports…

Ma crainte aujourd'hui est que cette violence, qui s'est exercée sous le regard de notre fils, n'installe en lui l'idée qu'elle serait acceptable.

J'attends de toi que tu lui rappelles toujours que ce qui s'est passé est intolérable et ne doit jamais être reproduit.

Il est de ton devoir de lui inculquer qu'hommes et femmes méritent le même respect et l'égalité de leurs droits pour que jamais la violence et le sexisme ne soient banalisés à ses yeux. »


*les noms ont été modifiés

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